Le Conseil Indien d’Amérique du Sud (CISA)

Créé lors du “Premier Congrès des Mouvements Indiens” d’Ollantaytambo (Cuzco-Peru) en mars 1980, il regroupe des organisations indiennes qui ont unifié leur lutte au niveau du continent américain.

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Par P.A

1. Création et rôles

Son objectif est double :

  • faire reprendre en main par les peuples indiens leur destin politique et social pour reconstruire leurs nations selon les principes philosophiques et idéologiques nés de leur histoire, de leur expérience millénaire et de leur vécu au quotidien,
  • revendiquer leurs droits transgressés.

Le CISA a obtenu le statut consultatif à l’ONU, au niveau de l’ECOSOC, en 1983. Il publie la revue “Pueblo Indio”.

Par sa représentation internationale constante, le CEA-CISA est le porte-parole des peuples d’indiens d’Amérique du Sud depuis 1981. Il les accompagne et les soutient en faisant connaître leurs actions, les aide dans les représentations à l’ONU.

Manifestation indiens d'ameriques

2. De la conférence d’Ollantaytambo à la COP21

Avec les politiques actuelles, il est évident que les Etats du monde ne font preuve d’aucune vision d’avenir ni de justice. Ils exploitent les ressources naturelles à des fins de profits immédiats, polluent l’environnement et le rendent impropre à la vie. Ils concentrent la population dans certains endroits et délaissent les autres, qui s’appauvrissent, entraînant agressions, abandons et injustices.

En 1980, les peuples indiens du continent américain souffraient déjà de cette même situation dans leur vie quotidienne. Lors du congrès d’Ollantaytambo, la Commission Culture en avait fait état au point VII.

VII. – Relation entre la campagne et la ville.

Considérant :

Qu’avant l’arrivée des européens, les villes jouaient un rôle social d’administration, d’échange de marchandises et de pratiques cérémoniels; qu’il s’y pratiquait une politique rationnelle de répartition de la population, pour éviter toute marginalisation haineuse.

Que s’appliquait un équilibre social, familial et écologique entre chacune des régions géographiques;

Qu’actuellement les villes sont des antres de corruption pour l’homme et la femme, des centres de discrimination sociale et raciale contre les amérindiens et de pollution environnementale au détriment de la santé et des écosystèmes.

Décide:

  1. de demander aux gouvernements la mise en oeuvre d’une politique rationnelle en matière de répartition de population, avec la dotation d’infrastructures nécessaires pour garantir la survie autonome et autogestionnaire de nos communautés et éviter l’exode massif de la campagne vers la ville.
  2. d’exiger des gouvernements le respect de la vie et de la santé de nos peuples, en empêchant la dégradation de l’écosystème causée notamment par un déboisement irrationnel, une chasse indiscriminée de la faune sylvestre, une utilisation abusive des engrais chimiques en agriculture, la pollution de l’environnement et le cas particulier de l’implantation de l’Usine des Pesticides dans l’Altiplano péruvien et bolivien des Aymara.

Alors qu’en 1980 les délégués amérindiens exigent la fin de la dégradation des écosystèmes, les Etats prônent un développement économique “durable”. 40 ans plus tard le constat est sans équivoque : réchauffement climatique, dérèglement du climat, disparition progressive d’espèces animales et végétales, dégel des pôles et des sommets enneigés, intensification des inondations, de la désertification, des incendies de forêts, apparition de nouvelles maladies… 

Après plusieurs “sommets” sur le climat, les représentants des 196 Etats de la COP21 se sont accordés en 2015 à Paris pour limiter le réchauffement climatique mondial à 2°C. Les Etats ont adhéré à cet accord mais ils se comportent maintenant comme s’ils n’avaient été que spectateurs. Quelques-uns se sont retirés ou s’apprêtent à le faire, d’autres sont toujours partie prenante, mais tous continuent à polluer et à participer au réchauffement climatique.

Parallèlement, après avoir dénié aux peuples autochtones le contrôle de leurs terres, les multinationales, les grandes fortunes, les propriétaires terriens et les classes politiques nationales poursuivent leur exploitation.

Ils continuent à consommer de manière indue la majeure partie de l’eau potable de ces peuples, en ne leur laissant pour les cultures, la faune et la flore que des eaux polluées. 

Ils poursuivent la mise en culture, sur des milliers d’hectares, de plantes OGM (comme le soja) protégées par des pesticides, sources de maladies graves et destructrices de la biodiversité. Ils poursuivent le déboisement des forêts tropicales pour élever un bétail gavé d’antibiotiques. 

Les territoires amérindiens, autrefois transformés en parcs naturels, deviennent des zones de ressources en bois et de cultures de plantes illicites. Telle est la contribution de ces Etats à la transition écologique mondiale.

3. La Convention 169 de l’OIT

L’organisation Internationale du Travail (Agence des Nations Unies) a adopté en 1989 la Convention 169 traitant des droits des peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants. La Convention explicite leurs droits fondamentaux, comme le droit à la terre et à l’indépendance sociale, politique et culturelle.

A ce jour, c’est le seul outil législatif contraignant pour la protection des peuples autochtones. Les Etats signataires de la Convention se porte garant de l’intégrité physique et spirituelle des peuples, de leurs territoire, et protège les peuples de tout acte de discrimination.

Cependant, même quand les Etats rendent aux peuples autochtones leurs terres, les organismes nationaux les obligent à casser les formes traditionnelles d’administration des terres, basées sur l’utilisation mesurée des ressources et un profond respect de la nature. 

En faisant perdre à l’humanité les pratiques millénaires des nations indiennes, en exploitant illicitement les terres ancestrales, ces Etats violent la Convention 169 de l’OIT qu’ils ont pourtant tous ratifié.

Le CEA-CISA soutient :

  • Le combat pour la libre détermination des peuples indiens et pour faire reconnaître par l’ONU que ces peuples ont droit à un État,
  • La lutte pour que les instances internationales fasse reconnaître par les Etats qui les dominent l’inviolabilité des territoires ancestraux,
  • le développement des peuples amérindiens à partir de leurs propres structures sociales, économiques et culturelles.

 

Le CEA-CISA réaffirme :

Que les peuples indiens sont des peuples à l’égal de tous les autres peuples du monde, comme l’affirmait le Congrès d’Ollantaytambo de 1980, en dénonçant la convention 107 de l’OIT qui promouvait l’intégration de l’autochtone à son Etat dominant. En rappelant que le CISA s’est fortement impliqué dans les discussions de 1986 à 1989, pour faire remplacer cette Convention par la 169, avec l’aide efficace des représentants des travailleurs suisses.

 

Le CEA-CISA milite :

  • pour l’application de la convention 169, qui reconnaît aux peuples autochtones le caractère de peuple, dans tout le continent sud-américain,
  • pour la création d’autres accords normatifs au sein de l’ONU, tel que le projet de “Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples autochtones”, entamé en 1985 et adopté par consensus par la Sous-Commission de Prévention des Discriminations et de Protection des Minorités de la Commission des Droits Humains, en 1994.

4. Les objectifs du CEA-CISA

  • Soutenir le CISA et ses organisations de base,
  • Entreprendre ou participer à des projets, des recherches, des études, des mises au point et des applications des connaissances permettant d’améliorer la vie des peuples indiens,
  • Soutenir une création artistique et culturelle de haute qualité chez les indiens d’Amérique du Sud,
  • Diffuser la culture indienne traditionnelle et moderne,
  • Développer l’alphabétisation pour tous et soutenir l’enseignement des langues indiennes. Pour cela, créer, réunir, produire et diffuser du matériel didactique de qualité pour les écoles et les centres de formation des jeunes indiens,
  • Permettre aux indiens l’accès à la culture scientifique, technique et artistique contemporaines par la création, le soutien et le développement des centres d’études, de recherche, d’enseignement, de formation et d’applications,
  • Obtenir des bourses pour permettre aux indiens d’Amérique du Sud l’acquisition de connaissances approfondies dans différents domaines et dans l’exercice de leur art.

Une grande avancée a été la mise en place du site internet Pueblo Indio qui sert de plateforme d’informations pour les peuples indiens d’Amérique du Sud.

Avec ce site, la communication est aussi facilitée entre les différents groupes et organisations qui travaillent dans les domaines :

  • des droits de l’homme et des droits des peuples autochtones,
  • de la culture en Amérique du Sud, spécialement la culture autochtone, musique et art folklorique, littérature, vie sociale et environnement.

 

Jusqu’à ce jour, CEA-CISA a travaillé sans aucun financement extérieur, uniquement grâce aux apports de fonds propres de ses membres. Mais les tâches augmentent et les peuples autochtones ont besoin d’appui. N’hésitez pas à poser votre candidature pour devenir membre de l’association et appuyer les actions de défense des peuples indiens d’Amérique du Sud.

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