Qu'est-ce Qu'une Forêt Primaire ?

On entend de plus en plus parler, dans le cadre de la protection de la planète, de forêt primaire et de reforestation. Il s’avère donc indispensable d'en savoir plus sur cette fameuse forêt primaire.

Par ADRIEN

De nombreux programmes de protection des forêts primaires et de reforestation se mettent en place actuellement dans le cadre de la protection de la planète. Les différents programmes mis en place n’ont pas le même impact sur les écosystèmes et la biodiversité. En témoignent les critiques émises envers certains programmes internationaux de reforestation. Pour bien comprendre les processus à l’oeuvre tentons d’en savoir un peu plus sur les forêts primaires.

1. Une Forêt Primaire, C'est Quoi ?

Lorsque l’on se promène dans un bois ou une forêt, on a du mal à imaginer que peu d’entre elles sont encore non impactées par l’Homme. Celui-ci intervient, en effet, pour couper les arbres morts, mettre en place des sentiers, planter de nouvelles espèces… bref pour “faire vivre” la forêt. De nombreuses forêts actuelles sont des espaces qui, même s’ils semblent sauvages, ont connu au fil de leur histoire ces interventions.

C’est ce qui les différencie des espaces dits vierges qui eux n’ont pas été modifiés par l’Homme. Ces forêts primaires sont donc des secteurs qui n’ont jamais été exploités, ou défrichés et qui présentent un visage identique au fil des siècles.

foret-primaire

Mais une question peut alors apparaître : comment être sûr qu’au fil du temps, la forêt n’a réellement jamais été impactée ? Il n’est évidemment pas possible de fournir une réponse. On ne peut pas savoir si un homme préhistorique n’a pas influencé le bois en apportant avec lui des graines de végétaux qui n’y poussaient pas à l’origine. Pour préciser la définition de la forêt vierge, on doit alors ajouter que si la forêt a subi des dégradations humaines, celles-ci ne sont plus visibles aujourd’hui.

Le rapport des Nations unis concernant les ressources forestières mondiales datant de 2015 présente une définition complète et simple : c’ est « une forêt naturellement régénérée d’espèces indigènes où aucune trace d’activité humaine n’est clairement visible et où les processus écologiques ne sont pas sensiblement perturbés ».

Elles présentent des écosystèmes variés avec une biodiversité très riche. Véritables poumons pour la planète (ainsi que nos récifs coralliens), elles sont un réservoir tant dans le domaine de la flore que de la faune.

Ces espaces naturels sont caractérisés par un phénomène capital : elles se régénèrent d’elles-mêmes. Comme on peut aisément le penser, au vu des critères à respecter, ces forêts sont rares sur la surface du globe.

2. Où Se Situent Ces Forêts Vierges ?

À ce jour, on peut recenser plusieurs forêts primaires couvrant un peu moins de 13 millions de km2. On trouve les plus grands espaces en Amérique du Sud (une moitié environ), en Amérique du Nord ou Centrale (un quart) et en Russie (un cinquième). La République Démocratique du Congo ou encore l’Indonésie abritent également ce type de forêt.

Vue aérienne de fôrets

En Europe, elles restent très rares (3%). Le paysage européen est le résultat de millénaires d’activités humaines, il n’est donc pas surprenant que seule une petite fraction de nos forêts soit encore intacte explique le Professeur Tobias Kuemmerle (Université Humboldt). On peut en rencontrer quelques-unes en Roumanie ou en Slovaquie principalement. La forêt Białowieża en Pologne est, à ce jour, la plus ancienne d’Europe. Et si vous vous demandez s’il en existe en France métropolitaine, la réponse est oui, environs 7500 ha sont occupés par ces forêts remarquables. Malheureusement, seulement un peu moins de 1300 ha sont protégés, avec en tête, les forêts de la Massane et de Néouvielle dans les Pyrénées. Dans les Hautes-Vosges, 300 hectares de forêt vierge sont présents dans la réserve naturelle du Grand Ventron.

3. Une Biodiversité Riche

Mais qu’est-ce qui différencie une forêt primaire d’un autre type de forêt en dehors de son grand âge et des limites de l’intervention humaine ?

Eh bien, c’est sa biodiversité. Ces forêts anciennes sont le refuge de nombreuses espèces animales protégées. Elles renferment à elles seules près de 90% de la biodiversité mondiale. En Amazonie, on trouve ainsi le jaguar ou le singe-araignée. Ce poumon vert est aussi le havre de paix de centaines d’espèces d’arbres indigènes dont le Dinizia excelsa, un géant pouvant mesurer sur place plus de 80 mètres.

En Indonésie, panthères nébuleuses, tigres de Sumatra ou ocelots sont protégés par une véritable jungle sauvage. Le parc national Gunung Leuser occupe une partie de cette vénérable forêt.

Orang Outan installés dans un arbre

Les rives du fleuve Congo sont aussi l’abri de plus de 3000 espèces végétales endémiques. Bonobo, paon du Congo ou encore faux-gavial, un crocodile à l’apparence exceptionnelle, occupent les rives du parc national de la Salonga, partie intégrante de la forêt primaire.

Autre site préservé, la forêt de Daintree, en Australie, abrite une biodiversité variée. Les chats marsupiaux et les grenouilles à pattes ventouses sont nombreux.

La forêt vierge ne concerne pas uniquement les zones humides chaudes. On en trouve également sous les climats tempérés froids, en Colombie-Britannique, par exemple, les observateurs pourront découvrir un écosystème typique des zones humides froides. Les cèdres de l’Ouest présents ont plusieurs siècles et sont les témoins de la vie des ours Kermode.

4. Des Forêts Naturelles En Danger

Régulièrement, on entend parler de la déforestation à travers le monde. L’homme brûle, coupe et occupe ces territoires à des fins lucratives. Ainsi, plus de 15 millions d’hectares disparaissent chaque année, soit un terrain de football par jour. Durant le XXème siècle, près de 80% de la surface des forêts primaires ont disparu.

Plusieurs facteurs sont en cause. L’homme coupe les arbres pour se chauffer ou construire des habitations mais aussi pour vendre du bois. En cela, il détruit le milieu naturel où vivent les animaux. L’homme a besoin de plus en plus de terres pour s’installer et va détruire des parcelles. Les terrains agricoles, qui remplacent les forêts, appauvrissent les terres et apportent des acides qui ralentissent – voire qui empêchent – les repousses. L’élevage est aussi une des causes de la déforestation, il faut là encore de la place pour mettre son troupeau.

Vue aérienne d’élevage intensif

5. Des Forêts Naturelles En Danger

La déforestation reste une menace importante tant pour la planète que pour l’homme. Détruire les forêts primaires, c’est anéantir définitivement des espèces animales et végétales. Et cela concerne tous les continents, de l’Afrique à l’Europe, de l’Asie à l’Amérique en passant par l’Océanie.

Les conséquences sont nombreuses. Les habitants de ces territoires vierges ne trouvent plus suffisamment de nourriture et voient disparaître leur habitat au fur et à mesure de l’avancée des bulldozers.

Ceux-ci détruisent des milliers d’espèces tant animales que végétales. La présence des arbres et végétaux permet de réduire l’impact des gaz produits par les humains – CO2 et gaz à effet de serre en tête. En réduisant cette population, on accroît le phénomène de pollution de près de 25%. Le climat change mais aussi les terres. Ainsi, on voit se multiplier les zones arides, ce qui fragilise la planète dans sa totalité. De plus ces espèces animales et végétales constituent un réservoir encore inexploré de molécules qui pourront s’avérer efficace dans le traitement de maladies.

6. La Forêt Secondaire, Une Solution ?

Il est donc important de réagir avant qu’il ne soit trop tard. Pour cela, il existe des solutions pour permettre à la nature de reprendre sa place.

Naturellement, il est très difficile d’interdire l’utilisation de la forêt aux autochtones qui en ont besoin pour vivre. Mais l’homme n’est pas le seul responsable de cette destruction. L’augmentation des températures accroît le risque d’incendie. Mais dans ce cas, lorsque la superficie est laissée inoccupée, une nouvelle forêt repousse : la forêt secondaire.

Celle-ci est composée d’arbres plus jeunes et donc moins denses et hauts. Le sous-bois est au contraire plus épais. La faune, quant à elle, est moins variée et moins importante. Mais il n’en reste pas moins que c’est une forêt et qu’elle joue en cela un rôle majeur pour la nature.

Femme travaillant dans potager

Cette nouvelle forêt peut être naturelle – due à la régénération – ou humaine. L’homme va alors re-planter différentes espèces, il s’agit de la restauration, action indispensable pour certaines zones comme l’Afrique subsaharienne où l’association de la kenyane Wangari Maathai, travaille au reboisement.

7. Un Reboisement Naturel

Ces associations et actions sont importantes pour, d’une part, préserver les forêts primaires mais aussi pour effectuer un reboisement naturel optimal. À ce jour, plusieurs pays sont concernés. Ainsi, par exemple, l’Équateur connaît un programme important pour remettre en place un écosystème pérenne. Le pays a été fortement touché par la déforestation ces dernières années – environ 2,4% de la surface détruite par an.

Le reboisement s’effectue en plusieurs phases afin d’associer au mieux cette nouvelle présence naturelle et le quotidien des habitants. Il a donc entre autre, été mis en place des arbres fruitiers qui permettent aux locaux de travailler et de ne plus avoir à détruire la forêt pour vivre.

Plus de 83 000 arbres ont ainsi été replantés complétant au mieux les repousses naturelles. Cette action humaine permet à la végétation de se densifier plus rapidement. Le taux de survie global des plantations est estimé à plus de 80%.

Faire un choix des végétaux soigné permettra aussi de faire revenir la faune locale et donc de « reconstruire » une nouvelle forêt afin de limiter les effets sur les changements climatiques, de développer la biodiversité et de permettre à la planète d’avoir un meilleur avenir dans sa globalité.

Témoin majeur de notre histoire et de l’évolution, la forêt primaire est aujourd’hui en danger. Pour préserver la planète et ses habitants, il est donc important de la préserver mais aussi de trouver des solutions de substitution – forêt secondaire, reboisement – pour pouvoir continuer à profiter des merveilles de notre planète et des effets bénéfiques des vastes espaces forestiers.

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